LETTRE OUVERTE

Le divorce entre les mots et les faits : la lente dégradation du transport de marchandises par le rail en France

Cinq ans après une première Lettre Ouverte réalisée en novembre 2006, les insuffisances de la politique française et européenne en matière de transport paraissent encore plus criantes.

Et notamment, le manque de courage politique de donner une véritable impulsion au développement du transport ferroviaire.

1/ Etat des lieux général du transport terrestre en France

Un constat immédiat : la crise internationale de 2008 a permis de retarder les échéances.

Le trafic marchandises s'est en effet réduit en 2008 par rapport à 2007 (-5,3%), puis a continué de se contracter en 2009 (-13,4%) pour légèrement reprendre en 2010 (+3,7%). Le niveau atteint en 2010 était inférieur à celui de 2000….

C'est un drame pour les économies occidentales et en particulier française, mais ce recul a permis de masquer les impérities et le manque de courage des responsables locaux, nationaux et européens en matière de transport.

En effet, si l'évolution du trafic avait continué sur son trend passé (+2% en moyenne entre 1999 et 2007) nous aurions atteint 428 milliards de TKM alors qu'à fin 2010 nous sommes arrivés à 343 milliards, une différence de l'ordre de 20%.

2/ Des indécisions ou des mes manques de décisions mais des annonces…

En effet, rien ou presque rien n'a été fait dans le domaine des infrastructures.

Des décisions retardées, des dossiers enterrés…mais des annonces et encore des annonces….

Un exemple, un parmi beaucoup d'autres : la politique ferroviaire en matière de transport de marchandises.

Tout discours politique s'accorde sur l'importance de ce mode de transport comme alternatif au transport routier, car plus propre, plus écologique. Tous les chefs d'Etat, les ministres du transport sont montés en première ligne pour mettre en avant l'importance de ce mode et promouvoir son développement avec sa panacée : le transport combiné rail/route, le ferroutage.

3/ Les faits

Dans les faits, étudions sur 26 ans les évolutions du transport terrestre par mode.

 

 

1984

1994

2004

2010

 

GT-KM

%

GT-KM

%

GT-KM

%

GT-KM

%

Fer

57,7

30,1

48,9

18,1

46,3

12,2

30,1

8,8

Route

125,9

65,7

215,8

79,9

325,3

85,8

305,1

88,9

Fluvial

8,0

4,2

5,6

2,1

7,3

1,9

8,0

2,3

Total

191,6

100

270,3

100

378,9

100

343,2

100

Transport terrestre de marchandises (hors oléoducs et y compris transit) Sources : SOeS, DGEC, VNF

Sur la période, on constate une diminution constante des volumes et des parts de marché du fer versus route (-48%) et une quasi stagnation du fluvial.

Allons un cran plus loin sur le mode ferroviaire et étudions la part du transport combiné.
 

Fer en Gt/KM

1984

1994

2004

2009

Transport combiné

8,3

14,4%

10,1

20,7%

10,7

23,1%

7,2

22,4%

Transport conventionnel

49,4

85,6%

38,8

79,3%

35,6

76,9%

24,9

77,6%

Total Fer

57,7

100%

48,9

100%

46,3

100%

32,1

100%

Source : DGTIM/INSEE

Les volumes du transport combiné baissent, mais chacun se gaussent en mettant en avant une part de marché restée stable depuis début 2000 (environ 22% du total) … dans un marché en régression.

Donc malgré les incantations des responsables, le fer diminue sous toutes ses formes.
Les raisons sont multiples : délai, coûts, fiabilité, rigidité des structures, approche commerciale…
Les résultats de Fret SNCF étant catastrophiques, la réponse devient économique : fermeture des lignes, des gares de marchandises, arrêt de certains services comme le wagon isolé…une spirale négative.

Les solutions étudiées qui consisteraient à taxer le mode route ne résoudront pas le problème de fond et ne feront qu'accroître les coûts de transport au détriment du développement du commerce, de la richesse de chaque pays et donc de l'emploi.

La seule vérité serait de rendre le fer compétitif.

Les conséquences de ce manque de courage sont la prise en otage des citoyens par les effets de la pollution, de la fiscalité, et de l'encombrement des routes et des autoroutes, des éléments déjà soulevés dans la lettre ouverte de novembre 2006 (à voir sur www.lmconseil.fr ).

Après les coups de menton, qui va avoir le courage ?

Le temps presse, nos enfants nous regardent…


Loïc Mirieu de Labarre

Maître de Conférences associé à l'Université Montesquieu Bordeaux IV
Cabinet L.M. Conseil, spécialisé en logistique

Décembre 2011

Contact : Loïc Mirieu de Labarre, LM CONSEIL
Tel : 06 09 53 58 72 – Mail : loicdelabarre@lmconseil.fr
Visitez le site de L.M. Conseil : www.lmconseil.fr